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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 08:00

Le bannissement Comme dans le Retour, Andreï ZVIAGUINTSEV s'appuie sur les codes du film noir pour mieux rebondir vers le symbole. Une voiture qui fonce à travers les champs, une balle qu'on extrait d'un bras, une famille qui fuit pour se réfugier à la campagne, l'atmosphère est lourde, terrienne, comme dans un Ridley SCOTT ou un film de mafia.

 

Cependant, le rythme est lent, anormalement lent, le son inquiétant, et le cadre ne s'attache pas à l'action. Il traîne sur un arbre, sur l'homme qui se lave les mains après avoir extrait la balle, sur les poteaux électriques qui font des croix dans le ciel. Une petite fille s'appelle Eve, la nature est sauvage. 


le bannissement maison

 

Dans Le Retour, il y avait un fait divers : un homme se présente à deux enfants ; c'est leur père, mais ils ne le reconnaissent pas. Il les emmène en voyage sur une île. Il meurt accidentellement en tombant d'une tour, pour rechercher un de ses fils. Ses enfants ramènent son corps en barque. Ils le reconnaissent enfin, mais à ce moment la barque coule et le corps disparait. En filigrane, on pouvait y voir un commentaire des évangiles, plus précisément comment chaque homme est une figure christique. 
       

Le génie de ZVIAGUINTSEV consiste en ce que le symbole ne prend pas le pas sur le réel ; la réalité n'est pas adaptée, améliorée, pour cadrer avec sa Foi, mais les deux conversent. Le symbole n'est pas le plus important, c'est son incarnation dans la réalité, c'est l'éclairage qu'il peut donner à la vie et au goût qu'elle a. On peut ne voir que le fait divers, il en fait un midrash, une parabole contemporaine, qu'on accepte ou qu'on refuse. Ce n'est pas l'hagiographie d'un saint, ou l'adaptation de la Bible, c'est la vie d'un homme ordinaire, à laquelle ZVIAGUINTSEV insuflle délicatement, si l'on veut le voir, une âme, et qui apparaît alors transfigurée. 


le bannissement femme        

 

Le Bannissement est tout aussi extraordinaire. L'environnement devient tout d'un coup l'image répétée du paradis perdu ; la fille s'appelle Eve, la silhouette de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal est omniprésent, comme si chaque homme était un nouvel Adam. 
       

L'homme se lave les mains du sang de son frère. C'est une figure de Ponce Pilate, indifférent à la mort des autres, donc indifférent à la valeur de la vie. Lors de la visite au cimetière, les enfants demandent : "Pourquoi est-il mort?". L'homme répond : "Tout le monde meurt".
       

Le soir même, sa femme lui déclare : "J'attends un enfant. Ce n'est pas le tien". L'homme ne l'accepte pas, hésite à la tuer (conventions du film noir et du drame psychologique à la Fritz LANG), puis sur les conseils de son frère (qu'il avait soigné et dont il s'était lavé du sang), la fait avorter. Le scénario est bouleversant, époustouflant jusqu'à la fin... Je ne le raconterai donc pas.
        
  

le bannissement couple

     

 

Comme dans Le Retour, tout peut être lu comme un drame psychologique. L'autre niveau, c'est la valeur de la vie humaine, c'est la mise au centre du monde du dessein d'un dieu pour chaque être, qui loin de rendre l'homme esclave, relève l'homme, puisqu'il participe au dessein de ce dieu. 
       

On peut voir le cliché du mari déçu qui part chercher la solitude au milieu d'un orage, on peut aussi se laisser guider par l'image du châssis de la porte, en forme de croix. L'eau ruisselle d'une source tarie, et vient laver la campagne, jusqu'à la maison, jusqu'à la ville, jusqu'au mari, et cette eau devient purificatrice. Le travelling reprend d'ailleurs celui de William WYLER dans Ben Hur, sur l'eau qui ruisselle du calvaire à la mort de Jésus, et vient gonfler les fleuves, jusqu'à la mer.

 

 

le bannissement famille     
       

 

Le message de ce film, c'est la vie. Ce qui fait sa grandeur, c'est la liberté qu'il laisse au spectateur ; peu importe que celui-ci adhère aux symboles ou non, l'histoire se suffit à elle-même. Elle déroute, on se demande jusqu'où Andreï ZVIAGUINTSEV va oser aller, il surprend jusqu'à la fin, on continue à y penser une fois la projection achevée . C'est un film qui a la densité d'un livre. un chef-d'oeuvre exceptionnel.

 

 

 

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Published by Thomas Grascoeur - dans Cinéma
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commentaires

Nio 10/06/2010 08:49


J'avais adoré "le retour", tu me confirmes dans ma décision de voir "le banissement". Je crois qu'un dvd zone 2 existe justement...


Thomas Grascoeur 13/06/2010 21:59



Oui, il existe ! Magnifiques tous deux...



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